1) Le crâne turbulent
Reflets dans un œil d’or. Le titre du roman de Carson McCullers me trottait dans la tête, alors que j’observais la lumière des spots qui, dans la vitrine du British Museum of Mankind de Londres, se reflétait dans les orbites creuses du crâne de cristal qui y est exposé. Les rayons enveloppaient la matière transparente dans laquelle l’objet était façonné d’un étrange halo jaune-rosâtre; par quelque étrange phénomène, ils semblaient se rejoindre dans les creux des orbites, qui brillaient comme des grumeaux d’or liquide incandescent. L’effet était singulier et inquiétant: deux yeux d’or éclairés par une lumière d’origine inconnue (les spots étaient en réalité invisibles) et qui palpitait en fonction des ombres projetées par les autres visiteurs et des variations de l’éclairage général.
Je me postai de côté pour observer le crâne sous un autre angle; il était enfermé dans une cage de verre, un peu lugubre, mais qui avait l’avantage de permettre une observation dans toutes les directions. Le reflet des yeux d’or continuait à me poursuivre, comme si des pupilles immatérielles étaient fixées sur moi et sur moi seul. J’essayai différents mouvements, mais il en était toujours de même: quelle que soit ma position, ce regard qui venait peut-être d’une lointaine époque , se tournait constamment vers moi.
Reflets dans un œil d’or. Je savais parfaitement qu’il ne s’agissait que d’un jeu de lumière, mais l’effet était si inquiétant qu’il me perturbait. Cela ne résultait pas d’un hasard. Celui qui avait réalisé ce crâne de cristal avait calculé l’excavation des orbites de façon à ce que la convexité - pourtant à peine ébauchée et difficilement visible sans la lumière - produise cet effet sur les observateurs. Cet artiste du passé, qui qu’il fût, devait posséder un certain savoir, même empirique, dans le domaine de l’optique, au-delà d’une technique raffinée et d’une patience infinie pour créer cet extraordinaire sculpture. Impossible de l’examiner sans ressentir un frisson dans le dos.
Je n’étais pas le seul dans ce cas: il suffisait d’observer le comportement des autres visiteurs. Il n’y avait que moi pour m’être arrêté afin d’observer l’objet pendant un certain temps; celui-ci, bien que macabre, était aussi réalisé avec un grand raffinement artistique. Tous les autres visiteurs ne soutenaient le regard du crâne qu’un dixième de seconde: le temps d’être transpercé par ces yeux d’or; ils repartaient alors sans même lire la fiche, qui expliquait que cet objet en cristal de roche provenait du Mexique, qu’il était exposé depuis 1898 et qu’il était peut-être d’époque aztèque.
Je n’étais pas à Londres par hasard, mais j’y étais venu justement pour voir le crâne de cristal exposé au British Museum, avant qu’il soit retiré des salles d’exposition pour rejoindre une lointaine réserve. Quelques jours auparavant, j’avais lu un court article dans la presse internationale qui affirmait que selon des analyses de laboratoire, le crâne londonien -d’autres objets analogues sont conservés en Amérique et en Europe- était un faux. Il ne pouvait pas avoir été réalisé par une quelconque civilisation précolombienne, mais il était l’œuvre d’un joailler européen, probablement allemand. En conséquence, le musée allait profiter de ces conclusions pour le retirer de l’exposition au public.
Voici l’article, tel que je l’ai lu dans le numéro du 7 janvier 2005 du quotidien londonien The Independent. Il était signé par Steve Connor, chef de la rédaction scientifique du journal.
Le « crâne de cristal » du British Museum est un faux.
Certains disent qu’il possède des pouvoirs mystiques dus à son origine ancienne de symbole aztèque de la mort. D’autres pensent qu’il serait l’un des 13 crâne de cristal qui doivent révéler le destin de l’humanité, une fois tous réunis. Quelles que soient les légendes liées au crâne de cristal du British Museum de Londres, un fait est incontestable: aucun autre objet conservé dans le musée ne fait l’objet d’un culte aussi vif parmi les adeptes de l’ »histoire mystérieuse ».
Aujourd’hui, cependant, la science est en mesure de remettre les choses à leur place et ainsi, de tailler en pièces un des mythes les plus durables liés à un objet auréolé d’histoires fantastiques. Le crâne de cristal est un faux. Une analyse détaillée de sa surface a révélé qu’elle avait été taillée et polie au moyen d’une meule tournante: instrument d’usage commun chez les bijoutiers européens du XIXe siècle, mais inexistant dans l’Amérique précolombienne. Les scientifiques et les historiens estiment que le crâne a été modelé à partir d’un morceau de cristal de roche provenant du Brésil par un lapidaire européen, probablement allemand, puis mis sur le marché des collectionneurs comme une pièce authentique provenant de l’antique culture aztèque du Mexique.
Les premiers doute sur l’authenticité du crâne -une sculpture de dimensions presque naturelles- sont nés il y a environ dix ans. Des tests récents ont confirmé avec une quasi certitude qu’il ne s’agit pas d’un objet authentique d’origine aztèque. Le professeur Ian Freestone de l’Université du Pays de Galles à Cardiff, l’affirmait, alors qu’il était déjà par ailleurs directeur de la section recherche du British Museum.
« Nous n’avons aucune indication selon laquelle on trouve au Mexique des formations géologiques en mesure de produire un cristal de roche d’une telle dimension. Il est probable qu’il vienne plutôt du Brésil » déclare le professeur. « Les objets en cristal de roche authentique aztèques sont polis plus finement. Celui-ci à une surface plus rugueuse, comme celle produite par l’outillage moderne. »
Aucun de ces deux faits ne peut évidemment démontrer que le crâne est un faux, mais quand les scientifiques en ont examiné la surface au microscope électronique, leurs doutes sur son origine se sont trouvés renforcés. Les techniciens ont pris une empreinte du crâne avec la même résine qu’utilisent les dentistes pour les dents. Examinée au microscope, l’empreinte a révélé la présence de sillons circulaires très fins autour des yeux, de la dentition et de la boîte crânienne: preuve évidente que la sculpture avait été taillée avec une meule tournante. Et les Aztèques ne connaissaient pas l’usage de la roue.
« Les indices rassemblés indiquent qu’il s’agit d’un objet de facture relativement récente. Selon moi, ce sont des arguments probants selon lesquels nous ne sommes
pas face à un objet antique, d’origine aztèque », conclut le professeur Freestone.
Mais alors, quelle peut-être sa véritable origine?
Le travail d’une archiviste du Smithsonian Institute de Washington, Jane Walsh, souligne le rôle d’Eugène Boban, un collectionneur d’objets précolombiens du XIXe siècle, qui serait à l’origine de la vente d’au moins deux crânes de cristal estimés d’origine aztèque. On ne sait pas grand-chose de ce Boban, si ce n’est qu’il était français et qu’il avait vécu au moins vingt ans au Mexique, explique le docteur Walsh. Des documents qu’elle à retrouvés montrent que c’est bien Boban qui avait acquis le crâne, lequel avait ensuite été vendu en 1897 par Tiffany, le célèbre bijoutier de New York, au British Museum. Auparavant, Boban avait cherché à le vendre également au Smithsonian. Le même Boban, avait encore vendu un crâne semblable à un collectionneur qui le céda ensuite au Musée de l’Homme à Paris, où il se trouve toujours. Le fait qu’une seule personne, Boban, ait été en possession de deux crânes de cristal soi-disant d’origine précolombienne, constitue en soit une coïncidence suspecte, surtout à la lumière des dernières découvertes de la science.
Outre les explications scientifiques, un tas de légendes ont fleuri autour du crâne de Londres. Colin McEwan, du British Museum, rappelle que le crâne a été l’objet des attentions les plus variées dès le début de son exposition en 1898:
« Nous avons eu le cas de personnes qui, face à lui, sont tombées en transe et qui ont commencé à parler des langues inconnues ».
Une ancienne légende, née en Amérique raconte l’existence de treize crâne similaires, qui contiendraient des informations sur l’origine et le destin de l’humanité. Au moment opportun, ces crânes surgiraient de nouveau et finiraient par être réunis au même endroit. Ils révéleraient alors leurs secrets.
C’est en tout cas ce que dit la légende. Il est assez intéressant de noter que nous connaissons aujourd’hui une douzaine de grands crâne de cristal plus ou moins similaires entre eux. A l’exception de trois, ils sont dans les mains de propriétaires privés.
Certains de ceux qui croient à ces légendes ont accusé le musée de vouloir cacher le crâne à la vue du public, ou de vouloir « piéger » l’énergie cosmique qu’il contiendrait, déclare McEwan. « Nous recevons en permanence des plaintes selon lesquelles nous endommagerions l’objet en le maintenant enfermé dans une vitrine, car il éprouve des sentiments, et que prisonnier, il ne peut poursuivre son destin… »
Joshua Shapiro, un écrivain américain, qui croit aux propriétés mystiques des crânes, déclare ne pas savoir que dire de ces nouvelles découvertes. « C’est comme s’ils voulaient à tout prix discréditer la signification de leur crâne de cristal et le fait qu’il ait été effectivement taillé et réalisé par des populations méso-américaines du Mexique, où il semble qu’on l’ait découvert. Mais la question de son origine n’est pas importante en regard de ce que représente ce crâne pour de telles recherches… Même si l’on ne connaît ni son origine ni son créateur, il a quand même contribué à répandre dans le monde la conscience que ces objets existent, et qu’ils font partie des traditions religieuses de nombreuses populations du globe ».
Le professeur Freestone admet que les découvertes récentes ne suffiront pas à convaincre tout le monde que le crâne de cristal est faux. « A peine avions-nous révélé que certaines de ses parties avaient été meulées, que des gens ont immédiatement rétorqué que cela démontrait seulement qu’il avait été retouché récemment, probablement pour le nettoyer des incrustations accumulées avec le temps. C’est comme pour le Saint Suaire de Turin, autre exemple de la difficulté à convaincre les gens, même en présence de preuves accablantes. »
Il est d’ailleurs indiscutable que, faux ou pas, le crâne de Londres exerce une énorme fascination sur le public. Freestone le reconnaît: « Quoi qu’on en pense, c’est un objet fantastique. Même s’il a été fait au XIXe siècle en Allemagne ».
La note explicative qui se trouve sous la vitrine, résume l’histoire en quelques lignes dans le langage typique des musées:
SCULPTURE AZTEQUE
Crâne en cristal de roche. Mexique.
Probablement Aztèque. Vers 1300-1500 après J.-C.
Le style de cette pièce suggère qu’il remonte à la période aztèque.
Toutefois, comme semblent l’indiquer quelques sillons présents sur celui-ci, si une meule de bijoutier a été utilisé pour le taillé, alors, l’objet remonterait plutôt à une période postérieure à la conquête espagnole.
Longueur: environ 21 cm. Exposé depuis janvier 1898.
La science a des conclusions dont l’émotion n’a que faire. Si ma raison me disait que les conclusions dubitatives des experts du British Museum étaient en apparence acceptables, le regard de ces yeux d’or me montrait qu’à l’origine de cet objet extraordinaire, on devrait trouver quelque chose de bien moins banal que la boutique d’un lapidaire du XIXe siècle, habitué à tailler des bibelots et des bonbonnières.
Le même article de l’Independent relevait quelques contradictions. La présence de sillons faits par une meule est certes indiscutable, mais pourquoi ne sont-ils visibles que sur une partie du crâne, et non pas sur toute sa structure? La dentition si bien alignée, la boîte crânienne, les orbites à la concavité si précisément étudiée: pourquoi ne présentent-ils pas des traces similaires? En somme, l’hypothèse de l’emploi d’une meule non pour réaliser l’objet, mais simplement pour le nettoyer des siècles d’incrustations me paraissait parfaitement plausible. Les « restaurateurs » du XIXe siècle n’avaient pas la réputation d’être subtils, et ils n’hésitaient pas à utiliser des moyens qui nous paraissent aujourd’hui barbares, à la lumière des nouvelles techniques de conservation des œuvres d’arts. Une bonne partie des restaurations modernes ne servent pas à corriger les dommages du temps, faits aux tableaux, aux fresques et aux sculptures, mais à réparer les massacres produits par les interventions grossières essentiellement faites aux XVIIIe et XIXe siècles. Ainsi, les sillons produits par un instrument « moderne » ne me paraissent nullement en mesure de démontrer l’âge du crâne.
Quant aux documents sur les vicissitudes qui ont amené l’objet au British Museum, là encore, il n’y a aucune preuve décisive selon laquelle ce serait un faux. Les papiers indiquent qu’il avait été vendu au musée par le célèbre bijoutier américain Tiffany, qui le tenait indirectement du collectionneur français Eugène Boban. Ce serait un mercenaire espagnol qui l’aurait trouvé dans une localité imprécise du Mexique, et qui l’aurait qualifié d’origine aztèque. Sur la figure controversée de Boban, j’avais lu il y a quelque années un article détaillé où étaient décrites ses activités de « ramassage » d’objets relatifs aux populations précolombiennes d’Amérique, en partie rassemblée dans ses collections privées, mais majoritairement vendus aux musées et à des collectionneurs du monde entier. Des milliers et des milliers de pièces de toutes provenances, à l’authenticité avérée. Pourquoi Boban aurait-il alors dû s’embarquer dans des frais importants pour faire fabriquer deux faux crânes en Allemagne? Il aurait alors risqué de détruire sa réputation de marchand d’antiquités, très prisé et fournisseur de diverses cours royales européennes. Il n’avait pas besoin de faire réaliser deux faux objets, lui qui interceptait une quantité astronomique d’originaux. Il ne gagnait pas non plus des sommes folles: Le British Museum avait acheté son crâne à Tiffany pour la somme de 120 livres sterling, un chiffre remarquable pour l’époque, mais certainement pas extravagant. Par ailleurs, je ne relève aucune logique qui indiquerait qu’il s’agisse d’un faux dans les hypothèse « scientifiques » rapportées par les experts appelés à donner leur avis sur le crâne.
Il n’y a certes aucune preuve en faveur de l’authenticité de l’objet, mais les arguments pour souligner que c’est un faux me paraissent tout aussi fiables.
Mais alors, pourquoi le musée serait-il tenté de soustraire à la vue du public un objet aussi fascinant?
Le ferait-il pour donner foi à des preuves douteuses selon lesquelles il s’agirait d’un faux? Il ne me viendrait pas une seconde à l’esprit d’aller demander des explications à la direction du vénérable institut. Je sais bien qu’ils m’auraient répondu simplement: « Nous le retirons parce que nous ne sommes pas certains de son authenticité », ou quelque chose de ce genre. Je me retournai donc vers quelqu’un qui, je le pensais, azurait su me donner des réponses plus dignes de foi: un des gardiens de la salle, qui heureux hasard, était un jeune napolitain que je connaissait déjà. Il travaillait là pour gagner sa vie tout en poursuivant ses études de paléographie dans ce même musée. Il est désormais retourné en Italie où il subvient à ses besoins en faisant le guide touristique: la paléographie ne semble pas être une activité des plus rémunératrices, en tout cas en Italie.
Gennaro - nous l’appellerons ainsi - ne se fit pas prier, et ses réponses furent aussi détaillées qu’inquiétantes. Je garde encore parfaitement en mémoire la teneur de notre conversation et je la retranscris telle quelle, avec quelques phrases au langage un peu familier.
« Alors, Gennaro, pourrais-tu me dire pourquoi les gens du musée veulent enlever ce crâne si intéressant? Je l’ai lu l’autre jour dans The Independent… »
« C’est sûr qu’ils veulent l’enlever. Ils veulent le mettre là-bas dans la réserve, car il fait trop de raffut ici ».
« Comment ça du raffut? »
« Du raffut, oui. Et pas seulement tous les cinglés qui lui tourne autour, mais l’objet lui-même, cette horreur de morceau de verre ».
« Note que ce n’est pas une horreur. Et il n’est pas en verre. C’est un bloc de cristal de roche taillé avec une grande finesse. Mais explique-moi mieux cette histoire de raffut ».
« Ce morceau de roche est peut-être raffiné, mais ici personne ne veut plus en entendre parler. Car la nuit il bouge ».
« Mais ne dis pas de bêtises! ».
« Ce ne sont pas des bêtises. C’est prouvé. Certains matins, on le trouve hors de son socle, à l’intérieur de la vitrine fermée à clef ».
« Mais comment est-ce possible? ».
« Les chefs d’ici ont commencé à accuser les gardiens de nuit, qui font des rondes dans les salles à heures fixes. Ils ont dit qu’ils étaient saouls et qu’ils bousculaient la vitrine, ce qui faisait bouger le crâne. Mais ensuite, il y a eu une protestation syndicale et ils ont procédé à une vérification ».
« Quelle vérification? ».
« Ils ont laissé la salle fermée une nuit, avec le gardien à l’extérieur. Le matin suivant, le crâne n’était plus au centre de son support, il s’était mis sur le côté. Il y a des photographies ».
« Et les chefs, qu’ont-ils dit? ».
« Qu’il y avait une explication naturelle. Qu’un camion avait dû passer près du musée et que les vibrations… Mais il n’y a pas que ça… »
« Qu’y a-t-il eu d’autre? ».
« Il y a que cette chose s’illumine la nuit ».
« Il s’agit sans doute de quelque reflet. En effet, ce crâne traite la lumière d’une façon étrange. Le cristal à l’intérieur doit être traversé par quelque plan de polarisation. Je l’ai vu moi aussi ».
« Alors, je vais aller l’expliquer au pauvre type qui au cours de sa ronde de nuit, l’a vu briller comme un feu rouge, avec les spots des vitrines éteints et la salle illuminée seulement par l’éclairage de nuit. Des lampes jaunes sortaient des yeux. Le malheureux en a fait une attaque et il a fallu l’hospitaliser en urgence. Il n’a jamais plus voulu remettre les pieds ici. Il a changé de métier. Désormais, il nettoie les cadavres à la morgue ».
« Gennaro, tu me fais tourner en bourrique ».
« Dieu m’en garde. C’est la pure vérité, il y a des preuves ».
« Et les chefs, cette fois-ci qu’ont-ils dit? ».
« Rien. Mais ils ont fait recouvrir la vitrine du crâne, la nuit, avec une lourde toile noire. Mais d’après moi, ce n’est pas cela qui les a conduit à vouloir l’enlever. C’est plutôt le comportement du public devant l’objet ».
« Pourquoi, que fait le public? ».
« La plupart des gens ne regardent pas le crâne parce qu’ils en ont peur. Ils passent devant, jettent un œil puis vont plus loin. Mais de temps en temps, il y en a qui font des choses étranges ».
« Par exemple? ».
« Certains restent plantés là à le fixer pendant des heures. A l’heure de la fermeture, on doit les pousser dehors. D’autres commencent à chanter des litanies, des oraisons étranges, dans une langue que personne ne comprend. D’autres se mettent à accomplir des rites, sortent des amulettes et tout un bric-à-brac magique de leurs poches. Quelqu’un a aussi tracé un cercle par terre avec du charbon. Une fois, je suis tombé sur un type qui, derrière un rideau, avait tout simplement commencé à se masturber. J’ai appelé les gardiens qui l’ont pris sur le fait; il leur a dit qu’il accomplissait un rite totémique de magie sexuelle, destiné à réveiller les pouvoirs du crâne. Parfois, quelqu’un tombe en transe, ou s’évanouit. En particulier les femmes. Ca n’arrête pas. Ces derniers temps, le nombre de ces obsédés a augmenté. L’un d’eux m’a dit que c’était parce que la fin du monde approche, et que seuls les crânes, celui-ci et d’autres similaires, pourront nous sauver. Selon moi, la direction veut le mettre de côté avant qu’il n’arrive un incident sérieux. Ils sont terrorisés par la mauvaise publicité ».
« Mais explique moi quelque chose, Gennaro. Sur la pancarte, il est écrit que le crâne est exposé depuis 1898. Cela fait plus de cent ans: c’est seulement maintenant qu’ils se rendent compte du « raffut » comme tu dis? ».
« Non, au départ, il ne se passait rien. Des collègues plus âgés m’ont dit que les phénomènes étranges ont commencé à se manifester au début des années 50. Il s’est tenu tranquille pendant un demi siècle, puis il a commencé à s’agiter. Peut-être que cela avait été étouffé. Les premiers à raconter qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas ont été les personnes de ménage, qui ont commencé à travailler de nuit, pour que les salles soient prêtes à l’ouverture au public. Elle ne voulaient plus entrer ici, car le crâne leur faisait peur. Elles ont été les premières à recouvrir la vitrine avec un tissu, pour ne plus le voir. Elles disaient qu’elles sentaient son regard à travers toute la salle. Dès cette époque, un maniaque s’était mis à délirer après être resté à le regarder un peu trop longtemps. Mais c’était des cas rares. Ils se sont multipliés récemment, de manière continue. Peut-être que la fin du monde approche vraiment… ».
« Alors, tenons-nous prêts, Gennaro. Merci pour ces nouvelles intéressantes que tu m’as données, et prends soin de toi ».
C’est peu dire que j’avais la tête retournée en sortant du musée. Pas tellement par l’aspect du crâne: en quarante ans de recherches sur les phénomènes « périphériques », j’ai vu une infinité d’objets stupéfiants, et celui-ci n’était pas plus impressionnant que d’autres. Pour ne citer qu’un de ces objets à la fabrication « impossible », le « Vase de Dorchester » m’avait fait une impression bien plus forte, même si je ne l’avais vu qu’en photographie: un exemple splendide d’artisanat, extrait en 1852 durant le déblaiement d’une colline près de Boston, dont les stratifications géologiques remontaient à plus de trois cents millions d’années. Le vase (à dire vrai, il ressemble plus à la base d’un chandelier) est fait en alliage métallique à base de zinc dont on ne connaît aucun autre exemple; il est orné d’une série de figures qui reproduisent le feuillage d’une plante, le Stenophyllum kidstoni, qui s’est éteint sur Terre au cours du
Carbonifère supérieur, soit il y a bien 320 millions d’années. Un fait encore plus intéressant est que la plante en question était inconnue des paléobotanistes jusque dans les années 1930; en 1852, personne ne savait qu’elle faisait partie des sous-bois des forêts immenses qui ont formé les bassins houillers du monde actuel. Un objet de ce genre, d’après moi, ouvre un faisceau de questions bien plus vertigineux que celles suscitées par le crâne de cristal londonien, malgré les manifestations inquiétantes qui l’entourent.
Pour affronter les phénomènes paranormaux, je cherche toujours à adopter une attitude doublement sceptique.
Scepticisme d’abord face aux explication « scientifiques » simplistes, qui voudraient écarter une anomalie avec des raisonnements similaires à ceux du cardinal qui refusait de regarder à travers la longue vue de Galilée, en assurant que ce qu’on voyait était conforme aux écritures, qu’il n’y avait besoin d’aucune vérification, car la Parole Divine suffisait; si ce n’était pas conforme, cela devait être le résultat d’une erreur de perception, ou de l’instrument de mesure, car on ne peut pas contredire la Parole Divine.
Ce raisonnement n’est pas simplement le fruit du dogmatisme, mais il possède au contraire une solide logique interne: Si « A » est vrai, alors « non A » doit forcément être faux, tertium non . L’erreur est contenue dans les prémisses, c’est-à dire que « A » est forcément et inéluctablement vrai, et que cette vérité est considérée a priori et sans vérification. Dans ce sens, la science, en tant qu’instrument pour chercher à comprendre la réalité du monde sensible, s’est révélée infiniment supérieure aux modèles offerts par le dogmatisme religieux et par l’aristotélisme et le thomisme (Ipse dixit, « Il l’a dit », et cela suffit): les vérités scientifiques admettent en fait qu’elles sont falsifiables, c’est-à-dire qu’elles peuvent être corrigées ou renversées par de nouvelles informations relatives aux phénomènes qu’elles étudient. Une vérité non falsifiable serait un dogme, et donc un concept étranger au territoire de la science: un point fixe qui mène nulle part, alors que la science doit toujours avancer.
Le problème est que les scientifiques, face aux phénomène et aux objets « anormaux » qui semblent contredire leurs modèles de réalité, n’ont trop souvent pas le courage de passer outre, mais se comporte exactement comme le Cardinal face au télescope de Galilée: ils refusent de les prendre en considération, ils les écartent comme indignes d’intérêt, ils trouvent des explications bancales ou plus simplement, ils les effacent comme ils le font avec les zéros des systèmes d’équations trop complexes.
Il y a bien sûr des exceptions mais cette « viscosité » de la pensée scientifique est particulièrement évidente aujourd’hui: c’est justement par manque de courage, me semble-t-il, que depuis des décennies, nous ne connaissons aucune avancée notable dans la physique théorique, en mesure de dépasser les contradictions du modèle standard; nous sommes incapables de concilier la relativité einsteinienne et la physique quantique. J’étais encore un enfant, quand j’ai lu que la science était sur le point d’élaborer une Théorie Unificatrice, en mesure d’expliquer de façon cohérente aussi bien les phénomène du microcosme que ceux du macrocosme. Aujourd’hui, j’ai la barbe blanche et j’attend toujours.
Je réserve un scepticisme identique sinon supérieur aux révélations extravagantes de phénomènes « anormaux », les récits d’apparitions célestes, terrestres, marines et souterraines, les apparitions d’ »énergie » inconnues, les « preuves avérées » de l’intervention d’entité extraterrestres dans le passé lointain de notre planète, et plus généralement tout ce bazar extraordinaire de l’impossible, sur les « mystères » du monde. Je ne nie pas que dans le passé comme dans le présent de la civilisation humaine, des circonstances inexpliquées et inexplicables se sont manifestées et se manifestent encore. Mais pour leur évaluation, je m’en tiens à deux règles intangibles:
1) Je ne crois jamais les yeux fermés ce que je lis ou ce qu’on me raconte, mais je vérifie personnellement et j’analyse à fond la documentation que l’on me présente. C’est triste de l’admettre, mais dans la grande majorité des cas, environ 80%, les documents se révèlent faux ou inventés de toutes pièces, et les « témoignages » tout à fait inacceptables.
2) Pour juger les hypothèses destinées à expliquer une anomalie, j’ai toujours à l’esprit ce qu’on appelle le « rasoir d’Ockham », à savoir qu’entre une explication simple, naturelle et cohérente par elle-même, et une autre, plus compliquée, qui implique l’intervention d’extraterrestres, la première a toujours plus de probabilité d’être exacte.
C’est par ce mode de pensée que, par exemple je n’ai jamais cru que la « vision d’Ezéchiel » dans la Bible constituât le récit de l’atterrissage d’une soucoupe volante, ou de grossières incisions rupestres représentant des personnages bizarres fussent des portraits d’extraterrestres, ou encore que les batailles entre divinités racontées dans des poèmes indiens constituassent des récits mythiques de rencontres entre civilisations extraterrestres.
Pour citer un autre exemple, je n’ai jamais réussi à comprendre pourquoi la célèbre dalle de Palenque, pierre tombale du prince Maya Pakal, devrait évoquer l’image d’un astronaute aux commandes d’un vaisseau spatiale. Ceci peut être suggéré si l’on regarde le dessin à l’horizontale; mais si on met la dalle à la verticale, la figure change complètement d’aspect et évoque plutôt le prince étendu entre les bras d’un robot similaire à ceux qu’on voit dans les romans de science-fiction américains des années 1950. L’idée que les Mayas connaissaient les robots ne me paraît pas plus probable que celle qui leur attribue la connaissance des vaisseaux spatiau pour ce qui concerne l’explication du dessin, je considèrent comme plus crédibles les informations apportées par les archéologues, qui ont parfaitement expliqué que les
symboles présents sur la dalle représenteraient une série de figures typiques de la mythologie Maya.
Ceci étant dit, je n’affirme pas que tout soit explicable. Je ne m’explique pas par exemple, la découverte par des chercheurs d’or russes, au début des années 1990, d’une série de mécanismes microscopiques dans des couches géologiques, près du fleuve Narada dans l’Oural et dans d’autres localités voisines. Les sédiments remontent à trois cent mille ans environ. Dans ces couches, on trouve en abondance des objets de très petites dimensions, entre un centimètre et trois centièmes de millimètre (en fait un véritable nano-mécanisme), qui semblent faire partie d’engrenages: petits anneaux, spirales, vis sans fin, roues dentées, etc. Ils sont faits de différents métaux, dont le cuivre, le tungstène et le molybdène. Personne, et moi moins que quiconque, n’a la moindre idée de quoi il s’agit et surtout de qui les a fabriqués, ni quand, ni pourquoi.
Nous n’avons pas besoin d’imagination pour évoquer le mystère: il se présente tout seul, et son aspect est en général encore plus inquiétant que ce que pourrait suggérer notre imagination.
Après ma visite au musée, je ne pouvais nier que la vue du crâne de cristal m’avais quelque peu troublé. Son seul aspect suffisait à susciter des sensations bizarres. Je connaissais la série de légendes qui l’entouraient, lui et les autres objets similaires, et qui étaient à peine évoquées dans l’article de l’Independent . Mais l’objet se suffisait à lui-même, sans le relier aux différentes mythologie connexes, ni aux discours de « Gennaro ». Seul, il ouvre la voie à toutes une série de considérations et de questions.
Quels liens y a-t-il entre le crâne de Londres et ceux qui sont conservés ailleurs dans le monde? Ceux-ci suscitent-il le même genre de réactions attribuées à l’objet du British Museum? Quelle est la crédibilité des légendes afférentes: sont-elles authentiques, c’est-à-dire d’effectives élaborations mythiques des cultures
précolombiennes, ou bien s’agit-il de narrations récentes, fruit de l’imagination d’écrivains avides de sensationnel?
S’il y a bien une personne au courant de tous les mystère de Londres et de ceux de tout l’archipel britannique, c’est mon ami Shawn McGregor, pigiste dans un des tabloïds londoniens à grand tirage. Il m’avait emmené à la chasse au monstre du Loch Ness (Shawn est un écossais pur sang), jusqu’à un poste d’observation « sûr », à partir duquel, d’après lui, la créature était visible presque chaque jour: mais ce jour-là, Nessie devait être occupé ailleurs, car nous n’avons rien vu. Il m’avait fait visiter le château d’Essex, lieu où se trouvait une fameuse « dame blanche » (un fantôme féminin, dont l’apparition annonçait une catastrophe): cette fois-là, elle ne se manifesta qu’à travers l’écho d’un rire étrange qui résonnait dans un couloir. Il m’avait expliqué, au cours d’une excursion sur le site, la signification ésotérique des gravures repérables dans les ruines de l’abbaye de Glastonbury, qui remettait en cause le mythe du Graal… En définitive, s’il y avait quelqu’un qui pouvait me donner des indications sur au moins quelques doutes liés au crâne, c’était bien lui. Je lui téléphonai donc pour demander un rendez-vous.
Il me répondit qu’il pouvait me voir au déjeuner. Pour quelqu’un qui venait d’un pays méditerranéen, une invitation de ce genre a Londres était une vraie menace. Dans les restaurants populaires, ils servent des choses hétérogènes qui paraissent incomestibles, ce que le goût confirme. Dans les restaurants de luxe (il n’y a pas d’intermédiaire), on pratique une cuisine « à la française », caractérisée par des portions faméliques d’aliments entourés de sauces aux couleurs improbables, et le tout à des prix astronomiques. Je décidai de choisir le moindre mal et donnai rendez-vous à Shawn dans un McDonald’s.
Je le trouva déjà attablé devant une montagne de fish & chips, ce plat britannique singulier, constitué de petits poissons frits assaisonnés de vinaigre et de sucre et entourés de tranches effilées de pommes de terre préalablement carbonisées dans de la graisse de porc.
Homme d’une très grande culture, Shawn semble tout droit sorti d’un roman de Dickens. Mesurant environ un mètre soixante-dix, d’un âge indéfinissable, mais aux alentours de la cinquantaine, il est robuste et arbore une bonne bedaine; il est invariablement vêtu d’un complet de tweed porté sur un gilet de couleurs diverses, orné d’une lourde chaîne en or (je n’est jamais compris ce qui y était relié, étant donné qu’il porte une montre au poignet); il fume la pipe, remplie de tabac hollandais; c’est enfin l’unique personne que je connaisse qui cache sa calvitie sous un chapeau melon.
Je commandai une bière, et sans perdre plus de temps, je lui demandai s’il Connaissait les véritables motifs pour lesquels le British Museum avait décidé de remiser le crâne de cristal.
« Ne me dis pas que tu crois à ces blagues sur le crâne maudit » me répondit-il.
« Comment des blagues? Un des gardes me l’a confirmé. Il m’a dit qu’ils l’enlevaient parce qu’il faisait peur au personnel et qu’il suscitait d’étranges réactions dans le public. Il paraît qu’il s’éclaire la nuit ».
« Mais es-tu vraiment trop bête de donner raison à ces fabulations? ». Le visage rond
de Shawn était véritablement scandalisé. « Ces gardiens du musée sont, selon moi, justement payés pour répandre ces idées. C’est comme si on voulait rassembler tout ce qui se dit sur les événements étranges qui arrivent de nuit dans les musées: l’Encyclopédie Britannique n’y suffirait pas. Une chose est sûr: ils n’enlèveront jamais ce crâne là. C’est une des principales attractions et, vrai ou faux, ils ne seraient pas assez fous pour le mettre en réserve ».
« Et les réactions étranges des gens? ».
« Elles sont vraies. Même si depuis peu, il ne se passe pas une semaine sans que le journal ne révèle quelque extravagance. Le mois dernier, une jeune mexicaine s’est mise toute nue et a commencé à faire une sorte de danse du ventre. Mais des choses similaires arrivent aussi devant d’autres objets. Je crois qu’il s’agit d’une variante un peu pathologique du Syndrome de Stendhal. Je dois cependant admettre que ce crâne de cristal semble avoir une capacité particulière pour attirer les folies ».
« Et que sais-tu des phénomènes étranges? Est-il vrai qu’il se déplace dans sa vitrine et qu’il s’éclaire la nuit? ».
« C’Est-ce que racontent les gardiens et le personnel, mais personne ne l’a vu. Il y a une infinité de raisons qui peuvent expliquer que le crâne se déplace légèrement: un choc, une secousse provoquée par quelque chose qui tombe à côté, les vibrations des cireuses… Quant au fait qu’il s’éclaire, il suffit d’un rayon de soleil qui filtre l’aube, à travers un des rideaux des fenêtres. Cet objet a d’étonnantes propriétés réfractices. Donc, je ne donnerais pas crédit à ces histoires. Elles font partie de l’imaginaire qui se rattache à tous les musées du monde, en particulier le British Museum. Notamment dans les salles égyptiennes. Il y a des récits qui donne la chair de poule, mais va savoir ceux qui sont le résultat d’un abus de gin, ceux qui viennent d’une imagination exaltée et ceux qui, au contraire, ont une once de vérité! ».
« Oui, je m’en rend compte. Il reste toutefois que cet objet exerce une attirance inégalable. Cela vient peut-être de toutes les légendes qui entourent les différents crânes de cristal ».
« Je te le concède. C’est un artefact très fascinant. Quant aux légendes, il est difficile d’arriver à des conclusions certaines. Il y en a maintenant des douzaines, qui se contredisent l’une l’autre, et il est difficile de différencier les versions authentiques de celles qui sont de pures affabulations ».
« Et voilà, Shawn, c’est un autre point pour lequel je voudrais que tu m’apporte ton aide et tes lumières. Connais-tu quelqu’un, un spécialiste sérieux je veux dire, qui s’est intéressé à ces choses, et qui pourrait me fournir une version définitive? ».
« Les archéologues et les anthropologues que tu qualifierais de « sérieux », tu le sais mieux que moi, ne s’occupent pas de ces choses. L’unique réponse qu’ils te donneraient serait qu’il s’agit de divagations littéraires, sans aucune base scientifique,
fondées sur les mythes apocalyptiques mayas et les rituels funéraires. Mais c’est seulement parce qu’ils n’ont pas étudié cette question et qu’ils ne veulent pas paraître ignorants. Pourtant, j’en connaît un qui pourrait t’être utile, si tu y tiens vraiment ».
« Est-ce une personne fiable? ».
« Ca dépend de ce que tu entends par « fiable ». Si tu te réfères aux titres académiques, la réponse est incertaine, parce que la personne en question n’est pas un spécialiste de la culture précolombienne, ni un archéologue, mais c’est un mathématicien et un astronome. Même si je suspecte qu’il fait parfois la confusion entre mathématique et numérologie, et entre astronomie et astrologie. En tout cas, c’est un scientifique de grande valeur, ça oui, quoiqu’un peu excentrique ».
« Et pourquoi devrait-il être au courant des légendes sur les crânes de cristal? ».
« Parce que l’étude comparative des légendes apocalyptiques dans les différentes cultures est un des domaines de recherche qu’il a particulièrement approfondi dans sa vie. Il semblerait qu’il ait trouvé des parallèles inexplicables entre certaines de ses visions cosmologiques et les traditions de nombreuses civilisations disparues. Quoi qu’il en soit, il a fait le tour du monde pour vérifier personnellement les documents afférents, et je t’assure que tu ne trouveras personne sur les cinq continents qui en sache plus que lui ».
« Tu peux me mettre en contact? ».
« Je te donne son nom et son numéro de téléphone. Cet après-midi, je l’appellerai personnellement pour l’avertir de ton appel. S’il trouve à y redire, je t’avertirai. Mais je ne le pense pas ».
Shawn sorti d’une poche de son gilet l’imposant stylo Montblanc Meisterstûck avec lequel il écrit habituellement ses articles (à l’ère de l’ordinateur), et il traça quelques lignes au dos d’une carte de visite.
Quand je lus le nom du personnage en question, je fus pétrifié. Je ne le mentionnerai pas, parce que lui-même, au cours d’un colloque auquel je ferai référence plus loin, m’a fait promettre de le garder secret: il craignait de finir assailli par des fous qui voudraient apprendre de lui la vérité sur les crânes de cristal et la fin du monde. Je ne peux pas lui donner tort. Je dirai simplement qu’il s’agit d’un des physiciens théoriques les plus célèbres, parmi ceux qui ont proposé des théories avancées afin de résoudre les difficultés de la cosmologie quantique. Un de ses modèle de l’univers, qui constitue un avancement relatif à une théorie complexe et que les spécialistes ont appelé « théorie des cordes », est basé sur des conceptions qu’il fait remonter lui-même à la Kabbale hébraïque.
C’est assurément un bel exemple de savant qui n’a pas peur des croisements transculturels singuliers.
Je finis ma bière et je saluai Shawn, le laissant saupoudrer ses poissons frits de sucre et de vinaigre, et je me dirigeai vers mon hôtel. Avant de prendre contact avec l’expert des légendes sur les crânes, je voulais passer quelques jours à rassemblée mes idées, à me documenter moi-même et à prendre des rendez-vous.
Posté le 12/04/12 à 06:22 Article #366682 Ecrire un commentaire Tags : crânecristalarchéologiemystérieuse